La traduction littéraire, pour la diversité

Cette fin de septembre – la Saint-Jérôme oblige – était riche en manifestations littéraires en tous genre, notamment dédiées à la traduction en de ça de nos frontières et au-delà (Lille, Luxembourg, Paris …)
En particulier, le 26 septembre, à l’occasion de la Journée européenne des langues, une soirée littéraire célébrait la diversité des langues et la richesse de la poésie espagnole en ses quatre langues officielles (le castillan, le basque, le catalan et le galicien) à l’Institut Cervantès de Bruxelles.
La soirée, placée sous le thème Versos de la España diversa, était orchestrée par Felipe Santos Rodríguez, Directeur de l’Institut Cervantès de Bruxelles et José Luis Perales, responsable des activités culturelles. C’est Luis García Montero, Directeur de l’Institut Cervantès de Madrid et poète lui-même, qui présentait la soirée.
Rappelant la vocation de l’Institut Cervantès, Luis Garcia Montero a souligné que le respect de la diversité et de la singularité, est un principe qui se trouve à la base de la charte des droits européens et au cœur de la culture et de la création. En tant que directeur de l’Institut, Luis García Montero n’a pas manqué d’évoquer et de citer Cervantès. Il a choisi de nous lire un court extrait célèbre (Tome II, ch. XVII) pour illustrer ce propos. Lorsque le gentilhomme Diego de Miranda croise Don Quichotte, il lui raconte que son fils s’intéresse beaucoup à la poésie et ne parle qu’en latin sans faire aucun cas de la poésie moderne et nationale considérant le grec et le latin comme des langues bien plus prestigieuses :

Quant à ce que vous dites Monsieur de votre fils qui accorde peu d’intérêt à la poésie écrite dans notre langue, je pense qu’il a tort et voici pourquoi : si Homère n’écrivait pas en latin c’est parce qu’il était grec, et si Virgile n’écrivait pas en grec c’est parce qu’il était latin. En un mot tous les poètes de l’antiquité écrivaient dans leur langue maternelle, sans faire appel aux langues étrangères pour exprimer leurs nobles pensées. Et il est bon que pareil usage soit étendu à tous les pays et que l’on ne dénigre pas le poète allemand qui écrit dans sa langue, ni le castillan ni le basque qui écrivent dans la leur. (Miguel de Cervantes, L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Mancha, Tome 2, ch. XVI, p. 128, traduction d’Aline Schulman).

Monsieur García Montero a souligné l’importance de ces propos de Cervantes, qui place sa propre conscience critique et ironique dans la bouche de Don Quichotte . De fait, ajoute Luis García Montero, toute langue mérite le respect, en particulier, symboliquement, cette langue maternelle dans laquelle nous avons appris à dire « Je », à dire « j’ai froid », à dire « je t’aime » à dire nous, les hommes, nous les femmes. Cette articulation entre la conscience individuelle, les sentiments et la vie en société est représentée par la langue maternelle, la langue, dans laquelle nous sommes élevés, devenons des citoyens et participons à la vie sociale. En cette journée européenne des langues où se célèbre la diversité des langues en Europe, tandis que les assemblées des parlements autonomes ou régionaux se chargent d’étudier l’immense richesse de toutes ces langues européennes, les Espagnols peuvent s’enorgueillir de leurs quatre langues nationales et de leur tradition culturelle très riche. Et c’est un des rôles de l’Institut Cervantès : défendre et divulguer la culture de toutes les nationalités et régions qui intègrent l’État espagnol.

C’est le poète qui évoque ensuite sa jeunesse. Lui-même a commencé à écrire à la fin de la dictature franquiste. Avec d’autres poètes comme Bernardo, Joan, Eloy, Manolo ils se réunissaient fréquemment et se sentaient unis dans cette aventure, ils se sentaient tous frères quand ils s’écoutaient dire leurs vers en catalan, en galicien, en basque ou en espagnol. C’est pourquoi cette manifestation chargée de symbolisme espagnol et européen tenait particulièrement à cœur à celui qui est devenu Directeur de l’Institut Cervantès de Madrid.

La soirée s’est poursuivie par la lecture des poèmes en castillan, catalan, basque et galicien pour le plus grand plaisir d’un public très nombreux tandis que leurs traductions française et néerlandaise pouvaient se lire à l’écran. Cette lecture était confiée à quelques-uns des plus grands noms de la poésie d’aujourd’hui: Bernardo Atxaga, Yolanda Castaño, Joan Margarit, Elena Medel, Manuel Rivas, Eloy Sánchez Rosillo et Estel Solé. Les traductions étaient de Christine Defoin et Anne Casterman (TraduQtiv) pour le français et de Bart Vonck pour le néerlandais.

Ces manifestations littéraires qui proposent des textes dits dans leur langue originale et offrent l’occasion de lire leur traduction à l’écran, permettent à un public bien plus large de savourer des littératures diverses, rendent un bel hommage aux langues maternelles et mettent aussi en valeur l’importance de la traduction qui, plus que jamais, se pose comme partie prenante indispensable dans la protection de la diversité des langues et de la multiculturalité.

Anne Casterman

Plus d’informations sur l’Institut Cervantès : https://www.cervantes.es/sobre_instituto_cervantes/direcciones_contacto/sedes_mundo.htm https://bruselas.cervantes.es/

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