Miscellanées

  • Citation d’octobre 2019

Je ne suis pas seule quand je traduis. Je traduis un autre, des autres, je traduis pour d’autres. Je traduis aussi que je le veuille ou non, mon époque, son histoire lointaine ou immédiate, un certain état de la langue, un horizon de lecture. Et en cela, je m’inscris dans mon monde, dans mon temps. Je ne peux pas concevoir la traduction comme une activité hors du temps et de l’espace, dépourvue de toute fonction sociale.
Corinna Gepner, Traduire ou perdre pied, La Contre allée, Collection Contrebande, octobre 2019.

  • Citation de septembre 2019

Je pense aux éditeurs et aux auteurs macédoniens, croates, lituaniens… qui sont très dynamiques et souvent trop peu traduits et publiés en France et dans le monde. Tenter de faire coexister des auteurs français, des francophones venus d’ailleurs, et des Européens de toute provenance, cela m’intéresse.
Pierre Astier, sacré meilleur agent littéraire international et grand défenseur de la « bibliodiversité ».

  • Citation d’août 2019

Isabelle Huppert: Les traducteurs et traductrices devraient être célébrés comme des bienfaiteurs de l’humanité ! Que ferait-on sans eux? On ne pourrait pas lire Dostoïevski, Thomas Mann…
Paul Auster : On ne pourrait pas lire la Bible, Shakespeare ou Homère !
Isabelle Huppert : Ils sont le socle de notre culture.
Interview in Madame Figaro, mai 2019
Paul Auster et Isabelle Huppert : « Écrire un roman ou être un acteur sont des jobs très similaires »

  • citation de juillet 2019

La règle générale est malgré tout qu’un véritable écrivain est toujours conscient de ses moyens stylistiques, et que le traducteur doit réfléchir à ces moyens et à la manière dont il va les transposer. C’est ce qu’il y a de plus amusant dans la traduction, quel que soit le genre littéraire concerné.
Jean-Yves Masson
in Catherine Lefort (2006). Le traducteur en tant que passeur ? Lettres d’Acquitaine.

  • Citation de juin 2019

L’idée du traducteur est toujours d’essayer de retracer le geste de l’auteur, son souffle. Et en repassant par l’intention qui a pu être la sienne, par ce qui a précédé l’écriture, d’emprunter un chemin équivalent dans sa propre langue.

Jörn Cambreleng, Directeur de l’association ATLAS, in Pourquoi nous avons encore besoin de traducteurs (mai 2019)

  • Citation de mai 2019

Il n’y a pas de langues faciles à traduire ; entre deux langues données, il y a toujours un abîme, et peut-être d’autant plus trompeur que les langues sembleraient parentes.
Jean-Yves Masson

  • Citation d’avril 2019

J’essaie de faire entendre en français ce que j’entends en russe: l’intonation, la vitesse ; naturellement aussi les thèmes, les images… J’essaie de trouver un français qui soit une terre d’accueil, qui rende compte des formes de la littérature étrangère.
André Markowicz in Gaillot Joelle, André Markowicz, Traducteur Majeur, interview  24 mars 2019, à consulter ici.

  • Citation de mars 2019

Une traduction ne peut se résumer à un échange clair et univoque de signes, qui seraient automatiquement remplaçables l’un par l’autre. La notion d’imaginaire permet d’éclairer les choix traductifs, d’une part en mettant à jour certaines conceptions et représentations du traduire conditionnant celui-ci (les imaginaires du traduire), d’autre part en explorant les nombreuses préconceptions, explicites ou implicites, personnelles ou générales, propres à qui traduit, et qui en influencent et modèlent le travail (les imaginaires des traducteurs et traductrices).
Christina Bezari, Riccardo Raimondo et Thomas Vuong, La théorie des imaginaires de la traduction, in Itinéraires [En ligne], 2018-2 et 3-2019

  • Citation de février 2019

Traduire, ça veut d’abord dire lire, c’est une opération de lecture des textes en langue. C’est immensément difficile puisque l’écriture est un palimpseste et la lecture une projection. Il faut savoir tout ce qu’il y a sous un texte, et savoir tout ce que nous ajoutons par dessus. Il faut tout entendre. Ce que l’on ne fera pas évidemment.
Barbara Cassin  (Entretien avec Colette Briffard à consulter ici)

  • Citation de janvier 2019

À notre époque, les rencontres – ou les non-rencontres – entre les cultures sont souvent mortelles : choc, au sens propre, explosion, troupes armées jusqu’aux dents et alignées le long des frontières. À la haine, à l’ignorance, au mépris, la traduction littéraire répond par l’amour, l’infinie patience, le rapprochement respectueux. Œuvre de langue, elle est aussi œuvre de paix.

Lori Saint-Martin ( interview du 14 décembre 2018 à consulter ici)

  • Citation de décembre 2018

On loue souvent à juste titre le dévouement et l’altruisme du traducteur qui sert l’œuvre, ses qualités de renonciation ancillaire. Il serait bon – et utile – de penser aussi, parfois, au traducteur comme sangsue amoureuse, comme aimable et nécessaire parasite. Au nombre de ses motivations figure nécessairement un vampirisme jouisseur: traduire c’est aussi un peu écrire, forcément.

Marc Chénetier , in Entretiens, 1995.

  • Citation de novembre 2018

Les auteurs sont les faire-valoir des traducteurs, seuls artistes à avoir une conscience internationaliste et multiculturelle.
Claude Bleton, in Les nègres du traducteur, 2004, Métaillié p.114.

  • Citation d’octobre 2018

Une traduction, ce n’est peut-être rien de plus que la lecture qu’un individu fait d’une œuvre, à un moment donné, ou plutôt le compte rendu de cette lecture. Mais c’est un compte rendu un peu particulier, écrit dans une autre langue que celle du texte original.

Philippe Noble

  • Citation de septembre 2018

Une traduction est mauvaise quand elle est plus claire, plus intelligible que l’original. Cela prouve qu’elle n’a pas su en conserver les ambigüités et que le traducteur a tranché: ce qui est un crime.

Cioran, Cahiers 1957-1972

  • Citation d’avril 2018

Le traducteur doit « se mettre en analyse », repérer les systèmes de déformation qui menacent sa pratique et opèrent de façon inconsciente au niveau de ses choix linguistiques et littéraires. Systèmes qui relèvent simultanément des registres de la langue, de l’idéologie, de la littérature et du psychisme du traducteur. On peut presque parler de psychanalyse de la traduction comme Bachelard parlait d’une psychanalyse de l’esprit scientifique: même ascèse, même opération scrutatrice de soi.

Antoine Berman.  (1984) L’épreuve de l’étranger , Gallimard, Collections Les Essais.

  • Citation de mars 2018

Le traducteur n’est pas encore, Dieu merci – une machine traduisante – de celles qui rendraient, par exemple, la chair est faible par le bifteck est coriace. J’affirme ici que je n’ai jamais approché un texte à traduire sans une profonde émotion. Mais posons-nous cette question: tout traducteur est-il capable de tout traduire? Certes pas, ou alors le résultat serait des plus aléatoires.

Albert Bensoussan.  (1995) Confessions d’un traître, Presses universitaires de Rennes, p. 21.

  • Citation de février 2018
Nous ne traduisons pas des mots, nous traduisons des effets, nous aussi. Un traducteur c’est un peu celui qui interprète la partition ; sans être Schubert, on peut être le premier violon d’un orchestre qui interprète son œuvre.
 Josée Kamoun (in blog littexpress.over.blog.net )
  • Citation d’octobre 2017
L’écrivain crée et l’idée et la langue; le traducteur ne crée que la langue. Tout traducteur signe un pacte implicite avec le lecteur : je jure de dire la vérité,  toute la vérité et rien que la vérité de ce texte.
Aline Schulman (13 octobre 2017 – Colloque « Décentrement(s) »,  Lille)
  • Citation de juin 2017

Sans jamais oublier qu’il sera par définition toujours impossible d’atteindre à une adéquation parfaite – mais, le temps d’une traduction, on se bourre le mou -, il faut néanmoins que le traducteur définisse pour lui-même ce qu’il veut faire passer, et le dynamisme d’une œuvre en est une des qualités principales.
Bernard Hoepffner, « Ombilicalité du traducteur »   in Palimpsestes

  • Citation de mai 2017

 Traduire, c’est avoir l’honnêteté de s’en tenir à une imperfection allusive.

Pierre Leyris

  • Citation d’avril 2017

(…) la modestie, comme chacun sait, étant la qualité première et la force des traducteurs – enfin, de la plupart d’entre eux.

Michel Volkovitch, in Translittérature,  Été 2012, n° 43, page 8.

  • Citation de mars 2017
Le lecteur idéal est un traducteur. Il est capable de décortiquer un texte, d’en retirer la peau, de le couper jusqu’à la moelle, de suivre chaque artère et chaque veine et ensuite de mettre sur pied un nouvel être vivant.
Alberto Manguel
  • Citation de février 2017

Traduire, c’est produire avec des moyens différents, des effets analogues.

Paul Valéry

  • Citation de janvier 2017

Le traducteur est un écrivain privilégié qui a l’opportunité de réécrire des chefs d’œuvre dans sa propre langue.

Javier Marías